Livre: « Les deux sœurs » d’Adalbert Stifter

with Un commentaire

Stifter-les 2 soeursAdalbert Stifter

Les deux sœurs

 

 

Roman autour de l’univers musical

 

 

L‘histoire se situe en Autriche au milieu du dix-neuvième siècle. Elle est celle d’un jeune homme brillant dont le désir est partagé entre la vie pratique et la rêverie artistique. Très tôt orphelin, il est formé aux principes du commerce et de la rentabilité agricole par un oncle austère et pragmatique. Mais une fois sa fortune faite, il réalise qu’il est attiré par l’art et la beauté des choses.

Lors d’un voyage d’affaire à Vienne, le narrateur fait la rencontre d’un homme d’un certain âge, sec et toujours de noir vêtu qu’il surnomme Paganini en raison de la ressemblance physique avec le célèbre violoniste. Comme celui-ci est descendu dans la même auberge que lui, une amitié se noue entre les deux hommes. Un soir qu’ils vont ensemble au théâtre de Josefstadt écouter deux très jeunes filles prodiges du violon, les sœurs Milanollo, le narrateur voit avec surprise l’homme en noir pleurer d’émotion à ses côtés en prononçant ces mots énigmatiques : « Ah, malheureux père ! Malheureux père, hélas ! ». Les deux hommes se séparent sans reparler de cet épisode.

Afin de retrouver ce personnage mystérieux se nommant Franz Rikar, le narrateur se lance alors dans un voyage en Italie, réalisant ainsi un de ses plus vieux rêves.

Son séjour chez l’homme en noir, dans les environs de Riva près du lac de Garde, sera riche en découvertes et durera beaucoup plus longtemps que prévu. En fait, Franz Rikar s’avère être un homme heureux de vivre, entouré d’une femme épanouie et de deux filles très attentionnées.

Un soir, il est réveillé par le chant douloureux et magnifique d’un violon. A tort, il croit reconnaître dans cette musique d’une grande beauté l’une des sœurs Milanollo. Il s’agit en réalité de Camilla, la fille aînée de son hôte, violoniste accomplie incarnant la sensibilité et l’exaltation de l’âme « céleste » de l’artiste. Il va découvrir également Maria, la sœur cadette de Camilla pour qui ne compte que la vie pratique. Au contraire de Camilla, Maria est dotée d’une redoutable efficacité pratique, d’un grand sens des responsabilités et de toutes les vertus humaines dont un dévouement proche de l’abnégation.

Afin de ne pas gâcher votre plaisir, je vous laisse le soin de découvrir les divers rebondissements de la fin du récit, notamment de laquelle des deux sœurs le narrateur va-t-il tomber amoureux.

Mon avis

Beauté, voilà le mot qui m’est venu après la lecture de ce court récit de voyage. Beauté des personnages, beauté des paysages, beauté du texte.

Ce livre m’a littéralement enchanté. D’abord et surtout par le miracle de l’écriture d’Adalbert Stifter au fort pouvoir d’évocation : la précision de la description est telle que l’on est transporté au cœur des paysages ou de l’âme des personnages. L’écrivain autrichien possède une rare qualité d’observation et l’art de restituer les petits détails nécessaires à l’intensité du tableau. La découpe d’une montagne, le murmure de l’eau ou l’éclairage d’un rocher rivalisent ainsi de réalisme et de poésie.

Ensuite par le subtil jeu de miroirs entre les deux aspirations apparemment contradictoires du narrateur que sont la vie pratique (terrestre) et la vie artistique (céleste), entre la majesté des paysages et l’humilité des personnages qui, tous, possèdent une noblesse de caractère contribuant au sentiment de beauté qui se dégage de cet admirable récit écrit en 1850.

Savoir qu’Adalbert Stifter était peintre et qu’il a longtemps mené de front la peinture et la littérature explique peut-être la qualité de son sens de l’observation.

N’attendez-pas pour vous plonger dans ce magnifique récit de voyage !

L’auteur

Bien que restant encore de nos jours injustement méconnu, Adalbert Stifter peut être considéré comme un des plus grands écrivains autrichiens du dix-neuvième siècle. En 1879, Nietzche recommandait déjà la lecture de « L’été de la Saint-Martin » [Der Nachsommer], autre texte de Stifter considéré comme son chef-d’œuvre.

Stifter Felspartie 1841
A. Stifter – Felspartie 1841

Né en 1805 en Bohème méridionale, Adalbert Stifter resta partagé entre la peinture et la littérature jusqu’à l’âge de 35 ans. Devenu célèbre en 1840 avec la publication de sa première nouvelle, Der Kondor, il vécut ensuite de sa plume et de leçons particulières jusqu’à ce qu’il soit nommé Inspecteur des écoles primaires de Haute-Autriche en 1850. Gravement malade, il se suicida en 1868.

Critique par Gilles

Traduit de l’allemand par Claude Maillard – Circé Poche – 2004 -160 pages – 9€

Pour en obtenir le livre, cliquez ici : Les deux soeurs

 

Donnez votre avis sur ce livre en laissant un commentaire ci-dessous.

VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
Evaluez cet article

Comments

comments

Une réponse

  1. p'tite tête
    | Répondre

    Bonjour,

    Oh l’histoire à l’air d’être belle, j’adore les histoires de voyage. Je vais marquer les références de ce livre pour le lire cet été ^^

Répondre